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Zeynep Kahraman-Clause, The Shift Project


Même si le cloud ne se voit pas, il existe et il pollue

Actes du Colloque Culture Papier 2019 : #Lepapieraufutur
Les valeurs de la transition digitale

 

 

Zeynep Kahraman-Clause, Directrice des Projets, The Shift Project, Think-tank dédié à la transition énergétique et climatique.

 

 

Ce n’est pas parce que le cloud ne se voit pas qu’il existe pas, et qu’il serait propre.

Aujourd’hui le changement climatique est le défi de notre siècle. Dans ce contexte, les transitions numériques sont été toujours considérées comme l’outil clé pour régler tous nos problèmes, en dématérialisant tous les flux et en facilitant l’accès aux services et produits. L’idée du  « nuage » propre, comme celle que le papier pollue et contribue à faire  couper des arbres ne sont pas plus exactes l’une que l’autre. Regarder une vidéo, envoyer un mail, aller sur Facebook, Tweeter, Instagram, etc… consomme de l’énergie donc produit des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, quand on parle de dématérialisation, on voit clairement que ce n’est pas toujours vrai.

 

Derrière cette idée de dématérialisation, il y a l’oubli d’une nécessaire production.

Pour mieux comprendre, il faut regarder la conception de l’outil.

À titre d’exemple, la production d’un smartphone demande beaucoup d’énergies, de terres rares et engendre pollution et CO2. Et la plupart des métaux utilisés pour produire ce petit objet ne sont pas recyclables.  Peut -être qu’un jour une technologie permettra de les recycler, mais à quel coût ? Parce que cela nécessite aussi beaucoup d’énergie pour pouvoir recycler. S’il y a un seul chiffre à retenir : 90% des émissions de gaz à effet de serre du portable proviennent de sa production.

 

Tous les objets connectés nécessitent une énergie importante pour leur utilisation.

Le numérique représente 4% des émissions de pollution (CO2) de notre civilisation. 4% ce qui représente l’équivalent aujourd’hui de l’aviation civile. De plus, la consommation énergétique du numérique augmente de 9% par an dans le monde. La moyenne des autres secteurs se situe à 1,5% pour donner un ordre de grandeur.  Si on continue comme cela en 2025 les émissions de gaz à effet de serre du numérique seront équivalentes à 7 ou 8%, ce qui équivaudra à celle des voitures au niveau mondial, c’est juste énorme.

Même si comme l’a évalué The Shift Project, la croissance numérique est limitée à 1,5% au lieu de 9% de croissance actuelle, cette baisse ne sera pas suffisante si nous voulons respecter les Accords de Paris et rester sous la barre des 2 degrés.

 

80% de l’augmentation des flux des données vient des vidéos en ligne.

Le fait que chaque personne possède un terminal que ce soit un ordinateur ou un smartphone augmente l’utilisation surtout dans les pays développés. Et cela va aussi augmenter dans les pays en voie de développement. À cela s’ajoute la digitalisation des vidéos, des jeux vidéo, des réseaux sociaux, la puissance et les définitions HD, Ultra HD. Avant dans les transports, les gens lisaient un livre ou le journal, maintenant, plupart des voyageurs sont sur leurs portables en train de regarder des vidéos via des plateformes de streaming. Pourquoi ? Grâce à la 4G on peut regarder des séries et des films sans difficulté et ce sera encore plus facile avec la 5G. Mais exponentielle en termes de production de CO2. L’augmentation du trafic vidéo provoque une explosion du trafic sur les réseaux (plus de 25% par an, et dans les data centers (+35% par an). Cette croissance se produit à un rythme qui surpasse celui des gains d’efficacité énergétique des équipements, des réseaux et des data centres. Ces prévisions de trafic sont par ailleurs régulièrement revues à la hausse.

 

Mettre en place une sobriété dans les usages vidéo, c’est diminuer l’usage et le poids de la vidéo.

Cette diminution implique de choisir entre affecter toutes les catégories de manière similaire, ou choisir de donner la priorité à certaines d’entre elles pour les préserver davantage.

Réduire nos émissions de gaz à effet de serre, notre consommation d’énergie et de matières premières nous est imposé par la crise climatique et la finitude des ressources planétaires. Dans un monde ainsi contraint, ne pas choisir entre les usages, c’est laisser la contrainte s’appliquer aléatoirement ou uniformément plutôt que de manière choisie. Ne pas choisir, c’est potentiellement laisser la surconsommation de pornographie restreindre mécaniquement le débit disponible pour la télémédecine, ou laisser l’usage de Netflix contraindre l’accès à Wikipédia.

 

La sobriété numérique est la seule réponse à court et moyen terme pour notre planète.