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Jacques Krabal, Député de l’Aisne, Président A.P.F


L’enjeu de l’imprimé est d’abord culturel et sociétal

Actes du Colloque Culture Papier 2019 : #Lepapieraufutur
La valeur sociétale de l’imprimé : Connexion & Esprit critique

 

 

Jacques Krabal Député de l’Aisne et Président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

 

Je suis heureux d’être parmi vous aujourd’hui pour différentes raisons :

J’ai plaisir à retrouver Culture papier qui me rappelle les bons moments d’actions passés ensemble lors de mon 1er mandat en tant que président du groupe d’études papiers imprimés. Mais aussi parce que Culture papier représente pour l’homme que je suis un patrimoine personnel et pour le Secrétaire général parlementaire de la Francophonie, un patrimoine universel. Tout est dans le titre : d’un côté la Culture, et moi qui viens du pays de Jean de La Fontaine, Racine, Alexandre Dumas, Paul Claudel, j’ai été bercé par leurs mots et découvert la richesse de la langue française par le livre. J’entendais récemment Bernard Pivot expliquer comment il a appris à aimer la littérature. Vous imaginez mon plaisir quand il a dit que sa découverte venait de la lecture des fables de Jean de La Fontaine, accompagnée de celle du dictionnaire. Il cherchait le sens des mots qu’il ne connaissait pas. Et c’est bien toute la portée de la lecture et du livre. Oui, j’ose prétendre, et vous avec moi, que les livres aiguisent la pensée, stimulent la curiosité intellectuelle et l’imagination, ils affûtent l’esprit critique. Et puis, le livre, c’est aussi un remède efficace contre le sentiment de solitude. C’est un compagnon. Avec un livre, on n’est jamais seul, on fait de belles rencontres et on sort de soi. Sans parler du rapport sensitif, voire sensuel, que nous pouvons entretenir avec un livre. On le touche, on le hume, on le caresse, on se l’approprie. Personne n’aurait l’idée ni l’envie de caresser ou de sentir l’écran de sa tablette… Enfin, le livre, c’est la transmission. On le prête quand on l’a aimé, on l’offre, on le lègue à ses enfants. Il fait partie de notre patrimoine personnel comme collectif. Alors que la tablette, dans son accès codifié, est donc d’un usage plus individualisé. Bien évidemment, en homme de mon temps, et ce malgré le temps qui passe, j’apprécie l’accès à des informations infinies que permet internet : un article de journal, une définition, un document, c’est rapide et efficace. Internet est devenu une encyclopédie qui s’actualise en temps réel. Il aurait fait le bonheur des philosophes des Lumières. C’est un excellent vecteur de partage de la connaissance, sans frontières, sans tabou et sans censure, ou presque. Mais, le travers a rapidement été qu’avec cet internet de la connaissance, s’est imposé aussi et plus largement encore l’internet du désir et du commerce. Sans oublier le développement des idées fausses, des thèses complotistes les plus invraisemblables que pourtant beaucoup prennent pour argent comptant.

L’un des dangers d’internet,  c’est en effet de lever les filtres, d’annihiler l’esprit critique.

Et puis, le plaisir de l’instantané froid, neutre, ne développe en rien l’individu. Sans curiosité intellectuelle, la culture se mue en une multitude d’informations, vite trouvées, certes mais tout aussi rapidement oubliées. Les recherches se bousculent, les idées se brouillent, la connaissance reste limitée alors que le l’universalité semble s’offrir à nous. Un tel paradoxe interroge sur le positionnement du livre et du digital, comme outils de savoir, de culture et finalement d’épanouissement humain. Il ne s’agit pas de privilégier l’un ou l’autre ou de renier la révolution numérique. Ce serait improductif, illusoire et dépassé. Pour citer Jean de La Fontaine dans la fable Le renard et le bouc, rappelons que, « en toute chose, il faut considérer la fin ». Or, notre finalité, c’est bien d’aiguiser l’esprit critique des citoyens, de les amener à se poser les bonnes questions sur les usages des technologies et sur leur impact. Tout comme nous devons les guider vers la connaissance et vers la langue française. Dans cette optique, je suis ravi de pouvoir tordre le cou à des idées reçues et erronées qui perdurent depuis quelques années. Permettez-moi de faire un parallèle. Il en va du tout-numérique comme de notre rapport à la langue. Après un usage excessif et déraisonné du numérique comme de celui d’une langue dominante voire hégémonique, nous nous devons de nous questionner que ce soit à travers les impacts environnementaux, sociétaux et civilisationnels. Trop longtemps en effet, on a fait un procès injustifié à l’industrie du papier. En cause l’avènement des nouvelles technologies du XXème siècle et dans le même temps les notions de Développement Durable. Le raccourci qui positionnait le livre comme plus pollueur que le digital a été diffusé largement, sans études véritablement précises. Ce n’est plus le cas. On sait aujourd’hui que ordinateurs, tablettes, téléphones portables ont un impact environnemental beaucoup plus important que le papier, tant dans les étapes de fabrication que d’utilisation et de recyclage.  D’après l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, 75 % des déchets d’équipements électriques et électroniques ne sont pas recyclés. Toutes nos pratiques numériques, comme envoyer un mail ou consulter Google pour une simple recherche, ont un impact sur l’environnement. L’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) estime que l’envoi de mails par une entreprise de 100 salariés équivaut, chaque année, à quatorze allers-retours Paris-New York en avion !!! La pollution numérique pèse très lourd dans le réchauffement climatique. Le numérique représente aujourd’hui 4% des gaz à effet de serre, soit 1,5 fois plus que le transport aérien. Et les habitants, malgré ces informations qui commencent à sortir, n’ont pas conscience que le numérique est devenu un vrai problème environnemental. Contrairement à l’empreinte carbone des avions, il n’y a pas de conscience collective de l’impact du numérique sur le réchauffement climatique. Et puis, cerise sur le gâteau, si je puis dire, n’oublions pas que la fabrication des ordinateurs, smartphones et autres tablettes est beaucoup plus polluante que l’envoi de mails. Et puis, le numérique fait appel à une ressource critique, non renouvelable et en voie d’épuisement. Le gaspillage n’est plus possible. La filière papier l’a bien compris et a dû déjà s’adapter aux contraintes qui se posaient à elle depuis longtemps. À ce niveau, elle est bien en avance sur l’industrie du numérique.

 

Le « poids » d’un livre est estimé entre 1 et 7,5 kg équivalent carbone contre 150 et 250 kg pour une tablette.

 

Alors que le recyclage du papier est quant à lui, entré dans les mœurs, même si nous pouvons encore progresser : il passe par la fabrication de livres en fibres de bois, une ressource recyclable, en papier recyclé ou labellisé, à la réutilisation du papier pour d’autres produits cartonnés. Un papier peut être recyclé 7 fois, alors que l’obsolescence programmée d’une tablette dépasse rarement 18 mois. Dans la circonscription de l’Aisne dont je suis le député, une entreprise comme Greenfield, à Château-Thierry, a fait le pari de cette économie circulaire, solidaire et vertueuse. Le papier est collecté, dans les entreprises, dans les collectivités, chez les particuliers, pour être recyclé et donner naissance à une nouvelle pâte à papier. Par ailleurs, il faut le répéter, le support numérique correspond davantage à une consultation courte alors que le livre se positionne dans la durée. On l’a constaté avec les liseuses. Alors qu’on nous annonçait qu’elles allaient remplacer le livre papier, leur succès n’a pas été à la hauteur de ce qui était escompté. Il en va de même pour les tablettes dans les écoles. Certes le numérique y a toute sa place, avec notamment les tableaux interactifs. Pour autant, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture passe par le rapport au papier, la nécessité de toucher, d’utiliser ses doigts pour apprendre. Le confort de lecture et de travail intellectuel est beaucoup plus appréciable sur papier que sur numérique. On lit et on annote plus facilement une revue ou un livre dans le métro, que sur e-book, ou qu’un document sur un ordinateur portable. Mieux encore, des études montrent que le papier permet une visualisation tridimensionnelle qui entraîne une meilleure représentation mentale des informations. Celles-ci sont alors plus faciles à comprendre et à manipuler. Une étude de La Poste permet aussi de mesurer l’impact beaucoup plus efficace de la publicité papier par rapport à son homologue numérique. Le message est plus marqué et atteint davantage sa cible. Il crée une émotion positive que ne permet pas la froideur de l’écran. De ce fait, le papier fait son retour en force dans l’attirail des communicants. On préfèrera toujours lire une revue qu’un blog.

 

 Le tout numérique, sous couvert de développement durable, est donc à recycler ! Et si le digital est un outil formidable, Gutenberg est encore à la page ! Kindle ou Google n’auront certainement pas le dernier mot !

 

Aujourd’hui la nécessaire complémentarité entre l’imprimé et le digital engage une réflexion sur l’usage de l’un et de l’autre. Tout artisan a plusieurs outils pour façonner, il sait les utiliser à bon escient. C’est vrai aussi pour le digital et l’imprimé. Et ce parcours nécessite à la fois un rapport émotionnel et sensitif presque intime et une ouverture sur le monde. Livre et digital doivent se compléter aisément. Le côté ludique de l’écran et des applications actuelles d’un côté et le plaisir « des sens » par l’imprimé de l’autre. L’instantané de l’information et la pérennité. Le global et le local. La proximité et internet…Ce n’est pas un hasard si la cité internationale de la langue française et des langues du monde, au sein du château François Ier, à Villers-Cotterêts, proposera un parcours ludique et innovant. Il est nécessaire de rappeler qu’une langue, si elle faite pour être parlée, peut être aussi chantée et, bien évidemment, écrite. Et c’est par l’écrit que la langue est apprise et enrichie.

 

L’écrit est un des éléments de l’expression de la langue, c’est pourquoi, à l’APF, nous sommes très attentifs à la place de l’écrit et particulièrement du livre.

 

Le papier comme l’édition auront donc toute leur place dans cette cité internationale, aux côtés des outils numériques et du lien avec le multilinguisme. Nous souhaitons aussi en faire un pôle d’excellence de la lutte contre l’illettrisme. En effet, si la lecture est découverte et élévation des individus, elle doit être maîtrisée par tous. A ce niveau aussi, le numérique et le papier doivent tenir un rôle complémentaire pour accompagner les personnes en difficulté de lecture et d’écriture vers une meilleure maîtrise de ces fondamentaux, pour une meilleure appréhension de la langue française. C’est pourquoi, partout dans le monde et tout particulièrement dans notre département de l’Aisne, la lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme sont au cœur de nos priorités. Nous allons y répondre grâce au formidable centre de ressources que va constituer le château François Ier.  Parce que la culture, c’est d’abord l’ouverture à l’autre et à la diversité et non une uniformité appauvrissante intellectuellement. Et cette ouverture, ce développement et épanouissement individuel, nous devons y parvenir par le livre avec le soutien du numérique, mais aussi par le renforcement de l’action conjuguée du français et du multilinguisme, dans tous les pays francophones comme dans les instances internationales et européennes. C’est ainsi que nous privilégierons la diversité culturelle face à l’hégémonie qui caractérise le tout-anglais comme le tout-numérique.

 

Culture Papier et l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, nous avons donc des points communs.

Oui, la question est là : comment faire alors pour mettre en valeur la nécessaire diversité culturelle et l’ouverture sur le monde et faire obstacle au repli sur soi ?