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Culture #Interview

Le papier est une évidence pour Eric Eludut, éditeur du magazine GraffitiArt

19.05.2020
Eric ELUDUT, Rédacteur en chef de GraffitiART magazine dédié à l’Art Contemporain Urbain revendique une démarche éthique et artistique dans un environnement secoué par la crise du Covid et celle de Presstalis

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à reprendre GraffitiART

L’occasion s’est présentée. Fondus d’Art Contemporain Urbain, mon épouse et moi-même n’avons pas hésité à nous lancer dans la presse magazine fin 2019.  Certains de nos proches étaient perplexes. Le papier en 2019 ! Mais nous sommes convaincus que GraffitiART, reconnu par les artistes et les galeries, est le parfait trait d’union entre les amoureux de l’Art Urbain et les collectionneurs. Pour nous le papier est une évidence. Le magazine doit être un bel objet et participer par son déploiement au soutien de la création et à la diffusion de l’Art Contemporain Urbain vers le plus grand nombre.

Comment voyez-vous le marché de la presse magazine culturelle après cette crise et quelles sont les conséquences pour votre magazine ?

La crise est malheureusement devant nous. La situation de Presstalis, des points de vente, de nombreux éditeurs… sont des sujets d’inquiétude. Le plus grave est la situation des artistes, des galeries, des festivals, des salons… qui laisse craindre des pannes au niveau de la création et du Marché de l’Art. Les équilibres précaires de la presse magazine culturelle sont vacillants.

GraffitiART bénéfice d’une situation solide et de la confiance de son écosystème.

La crise ralentira certains de nos projets, mais en a accéléré d’autres.Vous êtes un des rares magazines imprimés à Paris. Pourquoi ?

Dès la reprise du magazine, nous avons souhaité ancrer sa production dans son essence urbaine. Le rapatriement de la production en zone urbaine était donc aussi une évidence, qui rejoint deux volontés personnelles : d’une part de favoriser le développement de l’emploi en France ; d’autre part de réduire l’empreinte carbone du magazine. Aujourd’hui le magazine parcourt 30 km avant d’être injecté dans les réseaux de distribution contre plus de 1 500 km quand il était produit dans le sud de l’Italie. L’impression parisienne a un coût, mais elle est en phase avec nos valeurs.

Après cette période de confinement, quelle place voyez-vous le papier jouer ?

Le paradoxe de la période de confinement est que le digital n’a jamais occupé autant de place dans nos vies. Le temps passé sur nos écrans a explosé.  Pour autant, le plaisir du papier a été retrouvé. Le confort de lecture, les annotations, les marque-pages… sont venus nous rappeler que les magazines et les livres sont des objets qui marquent nos vies et notre espace-temps. Les versions digitales omniprésentes participent à l’homogénéisation de l’espace et du temps. Le papier répond aussi à trois des maux de l’homo smartphonus : pas de réseau, pas de batterie, pas de bande passante. Cette période de confinement a rappelé à chacun de nous que la presse est un produit essentiel.

Quels types d’innovations attendez-vous de l’écosystème du papier face aux nouveaux enjeux qui se profilent ?

Le digital a des atouts indéniables : rapidité et coûts de diffusion, capacité d’emport… Néanmoins, notre écosystème doit travailler sur ses propres atouts. Journaux, magazines et livres sont des objets qui participent à l‘éducation, au statut du lecteur, et aussi à la décoration d’un intérieur. Je vois trois axes de réflexions pour notre filière :

  • Le cycle de vie du produit. Au-delà du recyclage du papier, livres et magazines pourraient être récupérés sur le principe de la consigne et vivre plusieurs vies entre les mains de nouveaux lecteurs. Sa circulation doit être favorisée.
  • La vitesse de diffusion et le coût de production. Les forts taux d’invendus nuisent aux éditeurs et ne sont pas satisfaisants tant sur le plan économique qu’environnemental. Avec les progrès de l’impression numérique, l’impression on demand des magazines dans les points de vente, voire dans les foyers, permettrait d’être proche de l’actualité, de personnaliser les contenus et de réduire les invendus et donc les déchets.
  • La connaissance de l’audience et des comportements de lecture. Cette connaissance en quasi-temps réel est le prix à payer pour que les magazines adaptent leurs contenus dans une équation temps réduite et regagnent des points dans l’analyse des Returns on Investment (ROI).

Dans cette disruption sociétale accélérée, quelle est votre proposition pour que le papier ait sa place dans le ‘capitalisme numérique ?

Papier et digital ne doivent pas être systématiquement opposés. L’enrichissement digital des contenus papier rencontre un succès d’estime, car il ne participe que marginalement au contenu. La conception éditoriale doit être repensée afin d’intégrer intimement ces ajouts et de profiter de la réalité augmentée pour marier papier et digital dans une expérience immersive et personnelle.

La personnalisation est un deuxième enjeu-clé. Les progrès technologiques devront permettre une différentiation, voire une évolution, du contenu selon le lecteur et la localisation. La science-fiction n’est pas née du digital, mais en 1927 dans les colonnes de « Amazing Stories ». A nous de faire du digital un atout du papier, et inversement !

Contribution d’Eric ELUDUT, Rédacteur en chef de GraffitiART,

From Street Art to Urban Contemporary Art

Magazine bimestriel bilingue (Français-Anglais) dédié à l’Art Contemporain Urbain. 132 pages

  • Audience : CSP+, Urbaine, Communauté artistique : artistes, agents, galéristes, collectionneurs, fans
  • Rubriques : Investigations, Place2Art, 1 destination 5 spots, Talents, Agenda

 


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