Accueil>Nos actions>Le Blog #Lepapieraufutur>La presse écrite apporte le recul et l’esprit critique, pour Thierry Saussez (Le Printemps de l'Optimisme)
Société #Interview

La presse écrite apporte le recul et l’esprit critique, pour Thierry Saussez (Le Printemps de l’Optimisme)

10.06.2020
Conseiller en communication politique et institutionnelle, Thierry Saussez a été notamment aux côtés de Nicolas Sarkozy pour sa campagne de 2008, avant d’entrer dans son gouvernement. Convaincu que l'imprimé est un outil indispensable de la démocratie, le créateur du Printemps de l’Optimisme appelle les pouvoirs publics à en faire une "Grande cause nationale"et à lancer au plus vite des États généraux de la presse écrite.

Le papier a-t-il compté et comment dans votre confinement ?

À cause de leur mauvaise distribution, j’ai moins consulté les journaux papier. En revanche, j’ai lu beaucoup de livres. C’est un paradoxe mais l’isolement permet de s’ouvrir sur le monde, de se distraire, de se cultiver, se s’offrir du rêve. La lecture permet de vivre une autre vie, parfois même plusieurs vies, et d’échapper à cette forme d’enferment. Toucher le livre que vous lisez, dans ce monde où vous êtes replié sur vous-même, développe une proximité et une intimité qui a permis de sortir de cette prison, plus ou moins dorée selon les conditions de vie des personnes durant le confinement.

 

Pouvez-vous nous donner quelques titres ?

J’ai beaucoup relu. À titre d’exemple, Les Mémoires de Raymond Aron. Il était un intellectuel qui, longtemps, n’a pas été considéré à sa juste mesure, alors qu’il a fait preuve d’une lucidité et d’un courage remarquables.

Les Mémoires d’Edgar Faure. J’ai travaillé avec lui quelques années. Il cumulait une grande culture doublée d’un grand sens de l’humour, ce qui est assez rare dans la vie politique – la plupart ne sont pas si drôles. Je n’avais pas lu ses livres et j’ai eu envie de m’y plonger ; il décrit les événements de la fin de la IVe et du début de la Ve République.

Enfin, j’ai lu La vie de sainte Thérèse d’Avila qui est une épreuve car écrite en très petits caractères, et c’est un très long livre. Cela m’intéressait de le faire mais je n’étais pas forcément préparé à lire l’une des plus grandes mystiques de l’histoire !

Quel rôle le papier peut-il tenir dans l’après-covid et comment peut-il participer à la reprise ?

Il est absolument évidement que le développement du travail à temps partiel, la multiplication des réseaux d’information, le numérique, pour des raisons objectives et en partie favorables, vont développer son rôle et sa place dans la société.

Il ne faut donc pas laisser l’imprimé reculer.

La question est de savoir comment cet enjeu de société peut devenir une Grande cause nationale et comment il est possible de mobiliser les intellectuels, les philosophes, les entrepreneurs, les consommateurs, pour que ce support garde, retrouve ou développe sa place dans l’édition,  la publicité, l’affichage, la promotion… dans tous les domaines dans lesquels nous avons besoin du papier. Non seulement, il ne faut pas reculer mais, peut-être aussi, en profiter pour faire soit un Appel, soit un Manifeste, par exemple sur le modèle de celui du Printemps pour l’Optimisme pour sauvegarder sa place dans un premier temps, puis la développer.

Dans cette disruption sociétale accélérée, quelle est votre proposition pour que le papier ait sa place dans le «capitalisme numérique» ?

La presse écrite doit retenir toutes nos attentions car elle demeure le fer de lance du papier. Elle est menacée aujourd’hui et elle le sera demain. Elle reste la digue qui protège la contextualisation, permet de lutter contre la dictature de l’instant qui est le propre des médias audiovisuels et des réseaux sociaux, de la domination à l’image qui donne à voir et non à réfléchir.

En matière de diffusion, il est nécessaire de sauver la presse, de l’exempter de TVA, de remobiliser encore les pouvoirs publics et peut-être refaire les États généraux de la presse écrite, comme cela a été fait sous le mandat de Nicolas Sarkozy, dont les recommandations étaient déjà « Pour gagner la bataille de l’écrit« .

Parmi les dynamiques à consolider, les pouvoirs publics, les grandes institutions, les administrations devraient donner l’exemple. J’ai été le seul directeur du Service de l’Information du Gouvernement à avoir privilégié la communication dans la presse écrite plutôt qu’à la télévision, lorsque j’étais au gouvernement nommé par le Président Sarkozy, mais cette inclination n’a pas duré.  Cela prouve néanmoins que c’est possible.

À chaque élection, et plus encore sous l’excuse du Covid, des voix s’élèvent pour que la campagne se fasse sur internet.  Selon vous, le papier est-il toujours vital pour un bon usage de la démocratie ?

Peut-être que nous réinventerons le monde un jour, que les campagnes se feront par internet mais, pour l’instant, il n’existe pas de démocratie sans papier. Pour les raisons que nous avons déjà développées plus haut, mais aussi parce que vous détruiriez le militantisme ! Or, il n’y a pas de démocratie sans militants. Comme il est déjà difficile de garder ou de développer cette forme de militantisme, ce n’est pas la peine d’en ajouter. Si vous entrez dans une élection sans affiches placardées, sans tracts donnés à la main, sans programmes distribués dans les boîtes à lettres et, en plus, si vous supprimez les professions de foi, vous faites dysfonctionner la démocratie. En l’état actuel des choses, cela n’est pas imaginable !

Début 2020, une nouvelle édition du Festival des énergies positives était annoncée autour thème « L’écrit pour continuer à réfléchir » ? Confirmez-vous cette magnifique dynamique ?

Ce que nous revendiquions en janvier dernier, tient plus que jamais avec l’omniprésence des écrans et du digital. À l’opposé, l’écrit autorise la contextualisation, il permet de dédramatiser. Il ouvre à la réflexion et à la beauté. La place de l’écrit dans notre imaginaire collectif préserverait-elle de la simplification en offrant une respiration salutaire ? « La France, c’est le français quand il est bien écrit », a dit Napoléon Bonaparte. Réfléchir collectivement à la mission de l’écrit dans la lutte contre le catastrophisme ambiant, reste au cœur de la journée que le Printemps de l’Optimisme proposera en automne.

Propos recueillis le 4 juin 2020 par PdeF

http://www.printempsdeloptimisme.com

 


Continuer la lecture