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Serge Joncour : On se sert plus que jamais du papier !


Avec la sortie de son nouveau roman «  Repose toi sur moi », on retrouve ses thèmes favoris, le monde rural et la difficulté à communiquer entre les êtres. Culture Papier a rencontré ce romancier attachant, qui a exercé les métiers de maître-nageur et de publicitaire avant de rencontrer le succès en tant que romancier.

Comment êtes vous entré en écriture ?

C’est en 1998 que j’ai envoyé mon roman « Vu » qui a été accepté aux éditions Le Dilettante. Mais avant celui-là,  j’en avais écrit et envoyé d’autres à plusieurs maisons d’éditions qui ont été refusés. Il reste une part de mystère dans le fait que votre roman soit accepté un jour, alors que l’on a auparavant essuyé des refus. La vie d’un auteur ne commence souvent après la publication d’un premier roman : en effet, il faut durer, pouvoir avoir la ressource d’en faire d’autres. J’ai été très heureux de faire partie du jury du prix « Envoyé par la Poste », qui selon son président « est le premier éditeur de France » puisqu’en effet, presque tous les manuscrits arrivent par La Poste ! Le jury était présidé par Oliver Poivre d’Arvor et a désigné comme Lauréat Thierry Froger pour « Sauve qui peut (la révolution) ».

Comment écrivez-vous ? Sur papier ? Directement sur ordinateur ? Et vos lectures ?

Je prends des notes sur papier, beaucoup de notes. Puis, je travaille sur ordinateur. En vérité, je fais des allers retours. Mais le papier demeure très présent, on imprime ce que l’on écrit sur ordinateur,  et il faut se rendre à l’évidence, on se sert plus que jamais du papier !

Je lis les livres imprimés et les journaux. Chaque matin, j’ai un protocole, je lis deux quotidiens papier, je trouve beaucoup plus facile de le faire sur papier mais je suis plus enclin à lire les quotidiens que les magazines. Pour ces derniers, cela dépend beaucoup de la couverture et j’aime les lire dans le train.

D’autre part, je suis aussi beaucoup sur Facebook et Twitter, ces réseaux sont une nouvelle manière de trouver de l’information.

Enfin, je reçois beaucoup de photocopies, de coupures de presse de la part de mes lecteurs. Ils m’envoient des informations qu’ils pensent pouvoir m’intéresser.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

Je pars souvent d’un ou de plusieurs personnages et d’un décor et je « tire le fil » du roman. En ce qui concerne les scénarios, ils ont été adaptés à partir de mes romans. J’ai à la base une écriture cinématographique, donc il est facile de les visualiser.

Les scénarios aussi sont très demandeurs de papier. Beaucoup de versions sont faites et à chaque fois, des exemplaires photocopiés circulent, les réalisateurs, les acteurs ont besoin de manipuler les scripts pour les annoter, les corner…

Les contrats se signent sur papier, dans le milieu juridique, le papier est aussi partout. (Devant nous, au Café Français, deux hommes brandissent des feuilles et se disputent légèrement à propos de ce qui semble être des contrats, Ndlr)

Les lecteurs désirent avoir un contact avec leurs auteurs préférés, ils veulent les voir, d’où la profusion des salons, des lectures, des rencontres, pour obtenir des dédicaces et pour se faire, le papier reste incontournable ! À mes yeux, les livres papier ont de beaux jours devant eux, alors qu’il y a une dizaine d’années, beaucoup de spécialistes ne voyaient l’avenir de la lecture que sur tablettes ! Mais ils se sont trompés; la lecture sur tablette ou liseuse se stabilise. Même les jeunes générations sont friandes de lectures de livre papier, pour preuve beaucoup d’éditeurs sont sur ce créneau avec succès.  Sans parler des Poches qui ont favorisé une démocratisation de la lecture et qui permettent une très bonne résistance du support papier.

Quel est l’univers de votre dernier livre qui vient de sortir « Repose-toi sur moi » ?

L’histoire se passe dans le milieu de la mode et dans le même temps dans celui du recouvrement de dettes. C’est un panorama de la France. La France de Paris et la France de la campagne. Je pars d’un immeuble et je vois la France. J’ai effectué un travail de préparation précis sur ces milieux.

La mode est un milieu emblématique de Paris et l’image de la France qui n’a pas été épargnée et a été secouée par la mondialisation. C’est aussi l’histoire d’une femme, chef d’entreprises, confrontée aux difficultés, et dans le même temps, celle de nombreux Français qui se heurtent à des problèmes dans leur vie quotidienne, liés à l’argent et au recouvrement de dettes.

C’est, dans le même temps, un focus sur le milieu rural avec les mutations, les virages à prendre, le problème de la désertification – il n’est pas évident de reprendre une ferme. Le monde rural est peu représenté dans les romans français, sauf quelques exceptions comme Marie-Hélène Lafon. Enfin, le livre est également une histoire d’amour

Quels rapports avez-vous avec les libraires ? Vous en parliez dans votre précédent ouvrage, « L’écrivain National »:

Quand un livre a du succès, il faut le suivre, l’accompagner.

Les dédicaces chez eux permettent de faire une animation dans les villes moyennes qui sont de plus en plus organisées

Les rencontres avec le public sont enrichissantes car on s’aperçoit que des lecteurs remarquent des choses que nous, écrivains, n’avions pas consciemment perçues.
Enfin, cela reste un plaisir de rencontrer ses lecteurs et de visiter des villes, d’être installé dans de beaux endroits : Lausanne, Saint-Jean-de-Luz, en Corse en Bretagne, récemment je suis parti en Hongrie.

Justement dans quels pays êtes-vous le plus traduit ?

J’ai été traduit dans 25 langues. « L’amour sans le faire » est le roman le plus traduit et pour la première fois, j’ai été traduit en hébreu pour cet ouvrage. Les traductions dépendent aussi de la politique culturelle des pays. À titre d’exemple et malheureusement la Grèce ne traduit plus ou beaucoup moins car elle n’a plus d’argent.

Quel est votre livre qui a rencontré le plus de succès ?

« L’amour sans le faire». Mais j’ai la chance d’avoir tous mes romans en format Poche, ce qui permet un référencement permanent et d’être plus accessible à un public plus large.

 

 

Propos recueillis par Patricia de Figueirédo – extrait du Magazine n°20


Repose-toi sur moi

Roman d’amour au charme angoissant, « Repose-toi sur moi » raconte la rencontre entre deux êtres opposés par leurs modes de vie, leurs origines et séparés par une cour d’immeuble. Aurore, mariée, deux enfants,  styliste, habite un appartement cossu dans un immeuble bourgeois. Ludovic, veuf, originaire de la campagne, est chargé de recouvrements. Il vit dans l’escalier C dans le même immeuble qu’Aurore. Mais un monde les sépare. Jusqu’au jour où un couple de corbeaux les amènera à se rencontrer puis à s’aimer. Ludovic se laissera alors entraîner sur des chemins périlleux. Serge Joncour affirme un style fort, aguerri, vivant. Beaucoup de lui même transparaît. Il mêle une histoire intime et prenante à une situation économique et à la misère sociale.

La mode et surtout le recouvrement de dettes sont des métiers très peu abordés dans les romans. Ce dernier est pourtant symptomatique de la crise que vit la France, due à la mondialisation et aux difficultés économiques. « Cette fois encore, ils refaisaient le même constat, ils n’avaient rien en commun, et pourtant une sensation commune les rapprochait, une sorte d’isolement familier, de solitude jumelle. »

Roman d’amour, roman à suspens, roman social, Repose toi sur moi est un peu tout cela à la fois. Une complexité à l’image de ses personnages. Serge Joncour arrive constamment à surprendre son lecteur, à le poser en déséquilibre sur sa trame et à jouer avec nos nerfs. Pour notre plus grand bonheur.