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Pour une sobriété numérique


Face à l’obésité sociétale du numérique, il est temps d’organiser sa sobriété.

 

Ne parlez pas de ‘dématérialisation’ du numérique à Frédéric Bordage. Contrairement à ce stéréotype conceptuel, rien de moins matériel que le ‘cloud’ et nos appareils quotidiens. Contrairement à une idée reçue, leur impact tangible sur l’environnement est vertigineux.

Un chiffre parmi tant d’autres, rassemblé par la dernière étude « Empreinte environnementale du numérique mondial »  : 62 % des émissions de gaz à effet de serre liées au numérique sont liées à notre utilisation de tous ces appareils, dont 35 % rien que pour leur fabrication.

Face aux évolutions prévisibles, Frédéric Bordage, cofondateur de GreenIT en appelle à une indispensable « sobriété numérique », titre de son livre paru chez Buchet Chastel début novembre. Avec un lexique clair et des évaluations multiples (ACV, ROI,…) ses « Clés pour agir » rappellent que cette ressource « critique » non renouvelable exige à articuler au mieux low tech (papier) et high tech pour tirer la quintessence de l’efficacité de ces outils complémentaires. Et limiter l’impact environnemental.


Parler de sobriété numérique il y a 10 ans n’était tout simplement pas acceptable ! Pourquoi maintenant ?

 

Avec un certain nombre événements récents (depuis la démission de Nicolas Hulot pour secouer le cocotier, en passant par La marche pour le climat et le projet de Loi sur l’économie circulaire) en 15 ans la communauté GreenIT a réussi à créer un réflexe qui intègre la question de l’impact du numérique. Plus les gens sont alertés sur le fait que le numérique a un impact environnemental et social, plus ils se poseront la question pour faire bouger les lignes.

Il y aussi le tournant de mars 2018 de la remise en mains propres aux Secrétaires d’Etat Brune Poirson et Mounir Mahjoubi du Livre Blanc ‘Numérique et environnement’ écrit à quatre mains (IDDRI, FING, WWF France et GreenIT avec le concours du CNNum. Grâce aux retombées médiatiques, il y a eu un Avant et un Après. C’était aussi le signe en France de la prise en considération d’une réalité par un gouvernement.

 

Comment a la nécessité d’une ‘sobriété numérique’ a-t-elle émerger ?

 

Clairement, depuis l’été 2008 je revendique avec Frédéric Lohier et la communauté GreenIT, la paternité de la ‘sobriété numérique’. Elle s’inscrit dans la continuité de notre réflexion sur les travaux de Pierre Rabbi et sa sobriété heureuse.

Pour nous, la sobriété numérique, c’est à la fois une posture intellectuelle et une démarche qui s’appuie sur deux actions précises :

  • Associer de la low tech et de la high tech pour écoconcevoir de façon radicale notre relation numérique,
  • Intégrer le fait que le numérique est une ressource critique non renouvelable et voie d’épuisement accéléré.

Notre démarche est analytique, hors idéologie et chapelle. Nous l’objectivons par des indicateurs précis (ACV, coûts, ROI, …) On espère qu’un maximum de citoyens suivra le cap possible. Ce n’est pas à nous de fixer des objectifs quantifiés.

 

Pourquoi revendiquez-vous que le numérique est une ressource critique non renouvelable ?

 

Face aux défis qu’il doit relever, l’Homo Sapiens a deux capacités exceptionnelles :

  • communiquer de façon extrêmement efficace grâce à un langage articulé
  • transmettre une grande quantité d’informations – culture ou la connaissance – d’une génération à l’autre.

Le numérique est un formidable outil, c’est donc une ressource critique pour réussir.

Par contre, cette ressource critique est non renouvelable car les matières premières pour la fabriquer sont en voie d’épuisement accéléré : ex. les stocks d’ antimoine ont maximum 12 ans), idem dans des conditions économiquement viables pour ceux de l’argent et du cuivre, de l’ordre d’une génération …

Dans une génération, le numérique telle qu’on le connait n’existera plus. Dans ce contexte, il est nécessaire d’aborder une sobriété numérique en articulant low tech (papier imprimé) et high tech pour tirer la quintessence de ces outils.

 

Au cœur de la sobriété numérique, comment articuler low et high tech ?

 

Clairement, on compare souvent le papier/l’octet, il s’agit souvent d’un transfert d’impact. Pour préserver l’avenir de notre planète et de nos enfants, il va falloir remutualiser l’économie, revivre ensemble, changer vers des modèles plus collaboratifs.

Pour le livre, ce n’est ni la tablette ni le livre que l’on garde chez soi, mais celui emprunté à la bibliothèque qui a le moins d’impact.  Le papier est le support qui a le moins d’impact ; il a eu de telles contraintes que la filière s’est organisée. Le papier est en avance. L’écoconception radicale, c’est privilégier la solution ayant le moins d’impact environnemental, social et économique.

 

 

La filière digitale peut-elle apprendre de la filière papier ?

 

Le papier est en avance, il a eu le temps d’arriver à maturité. Il y a eu de telles contraintes sur le zéro papier, sur le recyclage du papier et la pression de l’industrie numérique. Il est devenu anormal de ne pas trier le papier (dans le bac standard).

Dans le projet de Loi ‘économie circulaire’, nous défendons l’idée d’une consigne obligatoire pour les produits électroniques, sources de pollution majeure avec un taux de collecte de 43% catastrophique. Nous aimerions la création d’une filière qui les récupère, les tri et les recycle. Le numérique a pris un retard énorme sur le papier !

 

La filière papier peut-elle participer à cette ‘écoconception radicale’ ?

 

L’urgence très clairement est de ‘décliver’ le numérique & le papier. L’enjeu est que ces deux industries complémentaires en termes de création de valeur ajoutée, de réduction d’impact environnemental, et dans la conception des services aux utilisateurs se parlent ! Dans les plus gros services numériques que j’écoconçois, il y a toujours une étape de rematérialisation sous une forme ou autre de papier….



Les Recommandations de GreenIT

 

  • Réduire le nombre d’objets connectés en favorisant leur mutualisation et leur substitution et en ouvrant leurs APIs pour allonger leur durée de vie.

 

  • Réduire le nombre d’écrans plats en les remplaçant par d’autres dispositifs d’affichage : lunettes de réalité virtuelle, vidéo projecteurs LED, etc.

 

  • Augmenter la durée de vie des équipements en allongeant la durée de garantie légale, en favorisant le réemploi, et en luttant contre certains modèles économiques (opérateurs téléphoniques notamment).

 

  • Écoconcevoir les services numériques pour réduire leurs besoins en ressources numériques.

 

Téléchargement : Etude GreenIT Frédéric Bordage Empreinte environnementale du numérique mondial oct. 2019

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